La révolution sociétale en quête de ses nouveaux leaders !  C’est sur cet intitulé que s’ouvre l’édition 2019 de Produrable, rendez-vous national des acteurs de l’économie durable. Il peut paraître ambitieux. Mais comment nommer autrement ce mouvement puissant et inédit qui s’organise pour changer de cap, modifier en profondeur nos modes économiques de production, consommation, réconcilier l’entreprise avec l’humain et le monde du vivant, concilier justice climatique et justice sociale

Une révolution « multivalente »

Nous avons bien une véritable révolution sociétale à mener, inédite parce «multivalente», pour reprendre le terme de George Marshall (Le syndrome de l’autruche – Actes Sud)  évoquant la crise climatique, économique, sociale, politique, scientifique. Inédite parce qu’urgente, inédite aussi parce qu’elle réclame une nouvelle synergie entre citoyens, entreprises, organisations, institutions et pouvoirs publics.

Ce qui pose bien sûr de nombreuses questions : peut-on nommer cette révolution sociétale ? savons-nous dans quelle direction nous allons ? Et qui conduit cette révolution ? Quels sont les nouveaux leaders pour définir de nouveaux buts communs, traduire la vision en action, mobiliser et entraîner l’ensemble des communautés vers de nouveaux modèles civilisationnels ? Comment transformer en profondeur les normes, les croyances, « influencer la direction que nous prenons » pour paraphraser l’excellent Yuval Noah Harari dans son ouvrage « Une brève histoire de l’humanité » ?

Le « bien social » comme nouvelle norme ?

« Il va falloir que des individus se lèvent, parlent fort, tapent du poing sur la table, mène des mouvements positifs en expliquant : notre seul voie de salut est une meilleure répartition de ce que l’on a. Le partage  »

Dans son livre manifeste « La révolution du partage » Alexandre Mars rend hommage aux entrepreneurs sociaux, éclaireurs pour l’avénement d’un monde où le don et le bien social deviendraient la norme. Cet entrepreneur  a choisi de lutter contre les injustices sociales (1 milliard d’humains vit avec moins d’un dollar par jour) en créant la Fondation Epic qui recueille des fonds pour financer projets et starts up de l’économie sociale et solidaire. Entre constat et vision, le monde de demain ne peut être pour ce philanthrope qu' »hyper-social ». Un monde affranchi de la loi du binaire où l’on ne doit plus choisir entre « faire du bien » ou « faire de l’argent » et dans lequel le public ne s’oppose plus au privé.

Une nouvelle philanthropie d’entreprise ?

Simplon, une fabrique accélérée de développeurs d’applications web/mobile et d’entrepreneurs du numérique et prioritairement tournée vers les jeunes des quartiers populaires, les porteurs de projets sociaux innovants s’inscrit dans ce mouvement. Avec 45 fabriques dans le monde, 3221 demandeurs d’emploi formés, 36 000 enfants sensibilisés, 80% de réinsertion sociale dont 40%, et récemment 12 millions d’euros levés, son fondateur Frédéric Bardeau a fait la démonstration que l’on peut lever des fonds, créer de la valeur et développer une économie à partir d’une ambition de solidarité et de justice sociale.

Mais le bien social a aussi fait son chemin dans les grandes entreprises à la faveur du déploiement des stratégies de responsabilité sociétale d’entreprise (RSE). Le Groupe Suez entend être le partenaire des industriels et des villes qui veulent changer le monde, et ce à travers un modèle de gouvernance qui associe l’ensemble des parties prenantes : territoires, partenaires associatifs, industriels, citoyens. Pour ce fournisseur de solutions pour l’eau et les déchets, présent dans le monde entier, la révolution sociétale à mener , serait une révolution des ressources et sur l’avénement d’une nouvelle économie circulaire.

Etats, Entreprises, ONG, Citoyens, hommes et femmes…leaders ou « justice leagues »?

Pour autant « les entreprises n’ont pas vocation à se substituer aux états » rappelle Alexandre Mars pour qui un système hybride reste à inventer où toutes les parties prenantes ont un rôle à jouer. La révolution sociétale réclamerait non pas un leader mais des leaders, non pas seulement des individus mais des organisations « la révolution ne peut pas être menée par l’un ou l’autre d’entre nous. Elle nécessite des Justice Leagues et une culture collaborative » où états, entreprises, ONG, citoyens iraient ensemble dans une même direction.

Cette nouvelle culture collaborative pour la transformation s’appuie dorénavant sur deux fondamentaux : la place des femmes et la mobilisation des citoyens. En quelques années, l’un et l’autre sont devenus des leviers clé de l’action pour un monde durable plus égalitaire, inclusif et solidaire. Pour Chiara Corazza, directrice du Women’s Forum, pionnière et référente de l’empowerment féminin dans le monde, on est en train de changer le cours de l’histoire : « HISstory devient aussi HERstory ». La femme serait notamment le meilleur atout de l’investissement socialement responsable (ISR) et la lutte contre le changement climatique.

Cette lutte qui devient un combat citoyen. Depuis les premières marches pour le climat, le mouvement ne fait que s’amplifier en France, et dans le monde. En dépassant les 2 millions de soutien L’affaire du siècle, appel de 4 ONG, est devenue en quelques jours la pétition la plus signée de l’hexagone. L’inaction des gouvernements et la responsabilité des entreprises sont désormais pointées, notamment par les jeunes générations. Ces nouvelles formes de mobilisation qui vont jusqu’à attaquer les états en justice posent sans doute la vraie question : celle qui interroge la nature et les moyens du leadership de la révolution sociétale que nous avons à mener a désormais pour corollaire celle d’identifier les responsables de ce que nous avons à abolir.

Vanessa Logerais

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