En pleine (r)évolution, la question du transport semblent se concentrer davantage sur la mobilité des passagers que sur la mobilité des marchandises. Elle est pourtant au coeur des enjeux de compétitivité française, de transformation  de notre société, et de ses modes de production et de consommation. Le transport des biens doit se réinventer sur un mode durable et trouver sa place dans l’information auprès du grand public.

Le fret en France : un monde peu connu du grand public

Parce qu’elle achemine nos biens de consommations, parfois au gré de nos caprices et envies immédiates, et qu’elle traverse nos environnements de vie, la mobilité des marchandises a un impact sur notre quotidien. Mais que sait-on d’un secteur depuis longtemps cantonné au seul monde industriel et logistique ? Sait-on que le transport routier atteint 90% des des flux ? Que le transport ferroviaire ne représente que 10% (contre 23% en Allemagne) et est en baisse constante et que seul 2,3 % transite par voie fluviale (contre 43% aux Pays-Bas) ? Sait-on que parmi les dix plus important ports d’Europe, deux sont situés en France (Marseille et le Havre). Que l’activité cumulée de ces deux ports (en millions de tonnes de marchandises) représente celle du port de Hamburg, mais 3 fois moins que le Port de Rotterdam ?

La mobilité des marchandises au coeur de politiques de réduction d’émissions polluantes

Sans surprise, les transports (passagers et marchandises cumulées) sont responsables du tiers des émissions de CO2 de la France. On estime  que le fret international est aujourd’hui à l’origine de 30 % des émissions de CO2 générées par la combustion du carburant utilisé pour le transport. Autant dire que le secteur est particulièrement attendu pour  assumer ses responsabilités sociétales. D’où la multiplication des engagements de chacun de modes, l’avantage compétitif étant désormais indissociable de la réduction de l’empreinte environnementale. Récemment,  la communauté internationale des armateurs maritimes a défini un objectif  de réduction de 50% des émissions à 2050. Pour autant, c’est bien le transport routier qui a été le premier à remotoriser ses flottes de véhicules (80% des véhicules sont aux dernières normes euros et 20 000 véhicules seraient convertis au GNV d’ici 2020). Le ferroviaire et le fluvial se reposant sur leur avantage naturel écologique mais aussi entravés par la lourdeur des investissements et les temps de conversion.

Un effort d’innovation ralenti par l’épineux choix des solutions

De nombreux dispositifs et programmes de recherche et développement ont été crées, dont le programme Objectif CO2 proposé par le Ministère de la Transition écologique et solidaire, le Ministère des transports et l’ADEME en partenariat avec les principales fédérations professionnelles concernées. Ont également été lancés des plans dédiés d’actions et d’aides nationaux comme le PAMI, pour accroître la performance, notamment environnemental, du secteur fluvial. Car une nouvelle mobilité des marchandises plus durable passera par des investissements importants pour accompagner l’expérimentation et le déploiement des solutions. A condition d’en préciser la trajectoire : électrique, gaz naturel, ou hydrogène, le consensus est loin d’être trouvé sur le scénario vertueux à privilégier.

La multimodalité, du mythe à la réalité ?

En réalité, la réponse environnementale ne reposerait pas tant sur les nouvelles motorisations que sur la multimodalité . C’est-à-dire l’utilisation de plusieurs moyens de transports dans une chaîne logistique en mettant à profit les avantages de chacune des voies de transport. Un modèle qui peine à s’imposer en France, à cause des coûts et lourdeurs du « transbordement » d’un mode à l’autre et des manques de correspondances ferroviaires et fluviales. Cette faiblesse n’échappe pas à des citoyens de plus en plus attentifs aux saturations routières. De récentes transformations vont dans ce sens, comme l’autoroute multimodale de l’Axe Seine ou des projets emblématiques facilitant un accès aux grandes métropoles, sur un mode plus écologique.

Du port maritime aux grands centres urbains : une question d’aménagement des territoires

Sous l’effet de l’explosion du e-commerce et d’un renforcement des réglementations d’accès aux centre-villes, le secteur entame une nouvelle ère. Les professionnels du transport  de marchandises doivent aujourd’hui dialoguer avec les territoires. La mixité des usages, les conditions d’acheminement mais également d’implantations de nouvelles infrastructures plus adaptées se discuteront dorénavant dans le cadre de nouveaux dispositifs promus par les mesures de la future Loi d’Orientation sur les mobilités. Les chartes logistiques urbaines et l’intégration des questions logistiques dans les principaux outils de planification devraient dans les années à venir proposer aux citoyens la meilleure équation entre exigences expressistes de consommation et une gestion des flux vivable et durable dans nos centres-villes.

Le citoyen ne peut donc plus être tenu à distance de ces sujets qui dépassent le seul secteur professionnel de la logistique pour questionner nos modèles même de consommation et de vivre ensemble.

Vanessa Logerais

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